Au hasard de leurs déplacements en France, les Ardennais sont souvent étonnés de l'idée que se font leurs compatriotes de leur département : le froid règne en permanence sur des forêts prof ondes où se terrent des habitants solitaires, les fameux «sangliers». La caricature semble un peu poussée, mais que dire d'un manuel d'histoire-géographie qui avançait, sans sourciller, en 1981 que les Ardennes «jouissaient» d'un climat montagnard ! Nous avons fait le point, en 1983, avec notre numéro spécial «Temps et Climat» sur ces fausses idées parfois véhiculées par certains Ardennais. Cette année, nous entendons travailler sur l'autre partie de l'image qui nous est attribuée : la forêt.
Ecrivons-le tout net : la forêt ardennaise n'est pas un mythe ; le taux de boisement de notre département (29 %) est supérieur à la moyenne nationale (25 %). Les feuillus, avec à leur tête le chêne, dominent très largement les autres essences.
Cette forêt subit les dominations, les transformations de l'homme, il est alors normal que notre thème soit : «L'homme et la forêt» et qu'il traite des rapports de force entre la «civilisation» et la «nature». Une grande question se pose immédiatement : «quelles forêts pour l'an 2000 ?», une évidence éclate en écho : il faut protéger la forêt de feuillus donc le hêtre de Champagne.
Protégée, la forêt a dû l'être en 1976, année très sèche qui vit voler au-dessus de nos têtes les Canadair de Marignane et partir enfumée 500 à 600 ha de bois. Mais le plus souvent, ce ne sont pas des actes gratuits qui suppriment la forêt, les nécessités économiques du temps prévalent. Le thème devient alors l'homme ou la forêt et l'homme se bat comme à Hargnies en 1835 car le pain lui était plus nécessaire que le bois.
L'homme prend la forêt sous des formes multiples : charbonniers et bûcherons ont leur civilisation, leurs mystères, leurs outils, leurs langues. Des noms viennent sous la plume : Agapit le charbonnier, Maurice François dont le souvenir est attaché à la Neuville-aux-Haies, Victor Droguest le contrebandier qui, à la société des hommes, préfère la compagnie des arbres et des bêtes.
Le bois est coupé et attend le long de la rivière qui, parfois, coule comme un torrent. Un travail difficile, dangereux, nous est décrit et nous aussi, nous sentons, après le passage du déversoir du moulin, le frisson de la mort dont les autres se sont joué.
Plus calmes, le merrandier et le tonnelier maintiennent un artisanat de valeur en fabriquant des tonneaux qui emportent au loin l'odeur du tanin du chêne d'Argonne. '
La toponymie constitue «le point de rencontre le plus ancien du langage avec l'histoire, elle témoigne des premiers rapports de l'homme avec la région, avec le sol qu'il a choisi d'habiter». Une nouvelle fois, Gespunsart sert d'exemple.
Après le travail en forêt, entrons dans le domaine sacré des grands feux. Le bois ne sert plus à se loger, se chauffer, faire cuire sa nourriture mais entre autres à chasser les sorcières, à éloigner les maladies, à conclure un mariage... Plusieurs siècles de coutumes autour de ces feux de Carnaval, feux des Buires, feux de la St-Jean qui brûlent encore ici et là.
Nous terminerons ce numéro sur les images passées des matins de 1" mai ; furtivement, une fenêtre s'ouvre et une jeune fille remplie d'espoir mais un peu inquiète examine l'arbre que l'on a placé contre sa maison. L'homme et la forêt, c'est aussi - faut-il l'écrire - la femme et la forêt...
Jacques LAMBERT
Patrice GIELEN
Guy FÉQUANT
Patrice GIELEN .
Didier BIGORGNE
Jean-Pierre PENISSON
Pierre BLONDEAU
Jean CLERC
Gérard GIULIANO
Léon MARQUET
Gilles DEROCHE
Michel TAMINE
Jacques LAMBERT
Pierre BAVARD
Jacques LAMBERT
Jacques LAMBERT